Peau de chagrin

Peau de chagrin

J’étais une peau de chagrin,
Un manteau de solitude,
Une peau vieille, dure et tiraillée.

J’étais une peau de chagrin
Qui hurle, recroquevillée,
Pleurant d’incompréhension et de doutes.

J’étais une vieille peau de chagrin,
Imbibée par ses vieux poils gris,
Puants, rêches et morbides.

J’étais cachée sous cette peau
Car je ne trouvais pas ma place.
Pas assez grande, ni trop petite.

J’ai chanté, hurlé, pleuré mon malheur à moi-même,
Sans que personne ne l’entende,
Prisonnière de mes émotions.

Comment entendre si on ne dit ?
Comment vivre face à son miroir ?

Peu à peu, la peau se resserrait, m’étouffait, me tuait.
Jusqu’au jour où l’on parle, on écoute, on entend, on agit.

On se sent porté, écouté, aimé.
On nous donne la force.

Et la peau peu à peu disparaît.
Elle est moins rêche, moins puante, moins suffocante.
Et plus on dit, plus elle devient douce et réconfortante.

C’était une peau de chagrin que je trainais
Comme une vieille guenille.

Peu à peu, la peau est devenue mienne.
Peu à peu, la peau est devenue belle, luisante.

Chaque jour je faisais corps avec cette peau qui était la mienne
Et que j’avais oubliée.

J’étais une peau de chagrin,
Un manteau de solitude,
Une peau vieille, dure et tiraillée.

Mais les mots ont tout nettoyé.
Et les maux ne sont plus prisonniers.
Je les entends, les partage,
Et ils s’envolent au loin.

On a tous une peau, lisse, dentelée, cabossée,
Une peau de chagrin, une peau de colère, une peau de peur…
Si ton manteau est trop lourd, c’est qu’il ne t’appartient pas.

Change de peau,
Fait s’envoler tous tes maux,
Et ton reflet n’en sera que plus beau.

Virginie Scalera